Protocole de l’Observatoire Zététique : test d’un magnétiseur

Préambule

Nous avons déjà eu l’occasion de discuter de l’Observatoire Zététique. Nous avions tenté d’analyser, dans le discours de membres de l’Observatoire Zététique, ce qui nous apparaissait comme des paradoxes. Ce premier article a engendré des réactions de membres de l’Observatoire Zététique remarquant que nous avions analysé leurs discours plutôt que leurs travaux. Il nous paraissait donc important, afin d’étayer nos propos, d’illustrer cette première analyse par une étude détaillée d’un protocole de l’observatoire intitulé « Protocole expérimental : test d’un magnétiseur« .

Avant de commencer cette étude, nous souhaiterions préciser que nos réflexions sont davantage à prendre comme des remarques qui visent à encourager l’Observatoire Zététique. Les membres de l’OZ peuvent être remerciés pour avoir su largement influencer la démarche zététique française par davantage de respect d’autrui, bien différente des pratiques d’un Charpak ou du feu Cercle Zététique. Ainsi, nous ne voudrions par que ces articles apparaissent comme une volonté de dénigrer ou de discréditer l’OZ. Nous souhaitons proposer des remarques dans l’espoir qu’elles contribueront à l’amélioration des protocoles de l’OZ du point de vue scientifique afin qu’eux aussi puissent un jour observer les énigmatiques effets obtenus en conditions contrôlées.

C’est aussi la raison pour laquelle nous proposons à l’Observatoire Zététique, mais aussi à d’éventuels autres groupes sceptiques, notre avis sur leurs protocoles. S’ils nous font parvenir un protocole détaillé, nous proposerons une lecture et des modifications en fonction des connaissances des laboratoires scientifiques sur ces questions. Nous tenons simplement à ce que ces échanges soient publics pour plus de transparence.

Ces quelques remarques étant posées, voyons à présent ce protocole en précisant que nous l’étudierons à partir des données scientifiques existant sur la question provenant majoritairement des laboratoires universitaires de parapsychologie scientifique. Nous comprenons bien que l’approche de l’OZ est de tester l’affirmation d’une personne et non de tester cette affirmation en prenant en compte les travaux déjà existants. L’objectif de l’OZ n’est pas de tester l’existence du psi. Ces remarques sont donc à entendre comme une analyse de ce protocole du point de vue scientifique, ce qui n’invalide pas le protocole en lui-même dans la perspective de l’Observatoire Zététique. Cependant, cela ne nous empêchera pas, dans un second temps, d’interroger la cohérence de ce choix de perspective de l’OZ.

Cette analyse tend ainsi à montrer qu’il n’est pas possible de faire de parallèle entre les expériences de l’Observatoire Zététique et les travaux scientifiques sur ces questions. Plus précisément, il peut arriver que certains néophytes s’interrogent : « Pourquoi les organismes sceptiques n’obtiennent-ils pas d’effets lorsqu’ils mettent en place des expériences ? ». Notre analyse tendera à montrer qu’avec ce type de protocole, typique des expériences menées par des groupes sceptiques, la probabilité d’obtenir des résultats probants est infime.

Introduction

Un magnétiseur, Mr Z., contact l’OZ pour effectuer des tests concernant un « signal », un « fluide » au niveau de ses mains. Il est indiqué dans l’introduction qu’il « convient, avant de le mesurer, d’observer celui-ci, puis d’émettre des hypothèses sur sa nature ». La description que fait Mr.Z à partir de sa pratique auprès de l’OZ est classique des théorisations des magnétiseurs. L’OZ décide donc de mettre en place un protocole en déterminant le postulat suivant en accord avec le magnétiseur :

En double aveugle, le magnétiseur peut déterminer la présence ou l’absence d’un patient s’il a préalablement identifié, en puissance et en localisation, le signal émis par celui-ci.

La revue de littérature

L’OZ, en cohérence avec sa démarche, n’effectue pas de revue de littérature. Au contraire, l’Observatoire Zététique choisit, délibérément, de travailler sans revue de littérature. Seul compte le test de l’affirmation d’une personne. Ainsi nous pouvons résumer ainsi leur approche :

Approche Observatoire Zététique : croyance ou conviction d’une personne concernant un phénomène paranormal > élaboration d’hypothèse permettant de tester l’existence de ce phénomène > mise en place d’un protocole en conditions contrôlées pour tester cette hypothèse

Dans une perspective scientifique, le raisonnement est différent. Il est généralement le suivant pour les recherches d’élitistes (test d’un sujet en particulier) :

Approche scientifique : croyance ou conviction d’une personne concernant un phénomène paranormal > étude de ce phénomène par rapport aux connaissances déjà acquises > hypothèse permettant d’évaluer ce phénomène au vu de la littérature scientifique sur la question > mise en place d’un protocole en conditions contrôlées afin de tester cette hypothèse.

Le phénomène étudié par l’OZ dans ce protocole est ce que les parapsychologues appellent la psychokinèse (du point de vue de l’OZ, il s’agit simplement de tester une affirmation et non la psychokinèse) : une éventuelle influence de la pensée sur la matière (l’action d’une personne sur une autre personne dans le cas présent). C’est plus précisément de la bio-psychokinèse (sur un organisme vivant). Nous voyons là aussi une différence d’approche entre l’OZ et une approche scientifique classique :

Approche Observatoire Zététique : L’OZ prend au sérieux n’importe quelle affirmation tant qu’elle peut être testée. Il n y a pas pour l’OZ d’affirmation plus crédible qu’une autre. Il n y a que des affirmations à tester.

Approche scientifique : pour un scientifique travaillant dans ce domaine, le signal que décrit Mr Z est très probablement la propre chaleur de sa main comme l’ont déjà montré des études sur la question. Ainsi, dès le départ, ce que décrit Mr Z. n’est pas cohérent avec les connaissances scientifiques. C’est là une autre différence fondamentale entre l’approche d’un scientifique et celle d’un membre de l’OZ : un scientifique ne testera a priori pas, ou du moins pas de façon approfondie, un phénomène qui parait incohérent au vue de la littérature déjà existante.

Un autre élément est important : les différentes recherches effectuées ont quasiment exclu l’idée que les phénomènes de Bio-PK pouvaient être de l’ordre d’un signal. Pour en arriver là, il est nécessaire de faire une petite revue de littérature des expériences de Bio-PK :

L’un des premiers axes de recherche dans le domaine de la Bio-PK concerne le « Psychic Healing ». Il existe un certain nombre de publications qui analysent la pratique des guérisseurs, voir notamment : Hodges et Scofield, 1995 ; Kleinùa, 1980 ; Krippner, 1982 et 1989 ; LeShan, 1974 ; Crooperstein 1992 ; Benor, 1986 ; Harveyn 1983 ; Reinsel 1996 ; Wilson and Barber, 1983 ; Van der Sijde, 1997 ; Shouten, 1997.

Les recherches évaluant les effets objectifs de ces praticiens sont en revanche très rares. Le Dr Louis Rose, en 1955, a fait une étude sur 95 patients avec un psychic healer qui s’appelait Edwards. Des données médicales furent récupérées pour 37 des patients. Pour 34 d’entre eux, il n y a a pas eu de bénéfices. Dans les trois cas restant, il pouvait s’agir de guérison normale spontanée et d’effet placebo. Une autre étude d’un guérisseur allemand a atteint un résultat du même ordre (Strauch, 1963).

Shouten (1997), Abbot (2000) et Astin (2000) ont étudié dans le detail des enquètes en milieu clinique. Ils indiquent que les procédures utilisées sont mauvaises, sans doubles aveugles et comportent des biais potentiels. Donc il n’y a a priori pas d’études sérieuses sur la question et si un tel effet existe, il est faible, en particulier en comparaison de l’impact subjectif du guérisseur auprès du patient. Dans certains cas, on observe une reconstruction après coup de la part du patient allant dans le sens d’une action du guérisseur (Glik, 1990)

De façon générale, ce type de recherche est très complexe car il est extrêmement difficile d’arriver à faire des études en double aveugle. C’est pourquoi les chercheurs se sont tournés vers la recherche sur les animaux. Dans cet axe de recherche, on remarquera notamment les travaux de Grad (1976) sur des souris. Dans ces expériences, les souris guérissent plus vite grâce à l’action des guérisseurs. Ce sont des études bien menées et rigoureuses. Horvath et MacGregor (1992) ont étudié la régénération des tissus de salamandre. Là encore, le groupe traité récupère plus vite par l’action des guérisseurs.

On remarquera aussi les études sur des végétaux en l’occurrence des laitues. Reproduites à plusieurs reprises, des résultats en conditions contrôlées de qualité. Il s’agit là d’une réelle application potentielle. Les laitues traitées sont plus grosses, elles ont moins de limaces, etc.

On notera aussi les recherches sur la nature biochimique des phénomènes en jeu. Smith (1968) et Rein (1978) ont étudié les transformations au niveau d’enzyme dans des fioles touchées par des guérisseurs. Les enzymes se développaient plus vite sous l’action du guérisseur. Braud David et Wood (1979) ont fait de même sur des cellules sanguines.

De façon plus large, il existe plusieurs études sur l’influence de groupes de prière. Voir par exemple Kennedy (2002). La plupart de ces recherches ont des biais et sont mal concues. Robert Ahmed et Hall en 2000 ont fait une recension précise. Selon eux le résultats sont non concluants mais ils méritent davantage de recherches.

L’ensemble de ces recherches concernent le premier axe de recherche de Bio-PK, le Psychic Healing.

Le deuxieme axe est appelé Direct Mental Interaction with Living Systems (DMILS). L’idée est la suivante : tester l’influence d’un sujet sur un système biologique situé à distance. En général, il y a deux sujets. Un sujet acteur qui tente d’avoir une influence sur un autre sujet. Il y a deux protocoles principaux. Le premier consiste à tester l’impression d’être regardé. Un sujet regarde un autre sujet par le biais d’un système vidéo par exemple. On analyse l’activité electrodermale du sujet observé. Schlitz et Braud (1997) ont beaucoup travaillé là dessus. Il y a un effet récurrent dans les travaux sur la question. Schmidt, Schneider, Utts et Walach ont publié en 2004 une méta-analyse. Il démontre l’existence d’un effet faible mais qui ne me semble pas réductible à des biais. L’autre type de recherche DMILS est le remote helping, par exemple le premier sujet aide le deuxième à être plus concentré sur une tache donnée (Watt et Brady 2002 par exemple). Là aussi, un effet a été mis en évidence par des protocoles en conditions controlées.

Cette revue de littérature nous permet de comprendre que l’étude du magnétisme n’est pas une question facile. Il n’est pas possible, en tant que simple amateur, d’aborder sérieusement et rigoureusement cette question car il est nécessaire :

→ De consulter ces travaux,

→ D’être en mesure de les comprendre,

→ De proposer une hypothèse cohérente après leur consultation.

Il faut préciser que dans le domaine scientifique, on n’effectue pas une expérience scientifique en fonction de la simple croyance d’une personne. La revue de littérature n’est pas une étape qui peut être remplacée par la conviction d’un sujet.

Voyons à présent l’étape suivante, le pré-test.

Pré-test

Approche Observatoire Zététique : Les membres de l’OZ se rendent chez le magnétiseur, discutent avec lui et décident d’organiser, sur le coup, un pré-test « en aveugle ». Le pré-test est un échec. Les membres de l’OZ décident de mettre en place un protocole en double aveugle.

Approche scientifique : Ce type d’approche est difficilement pensable dans une équipe de scientifiques. Si le pré-test est un échec, c’est que les conditions expérimentales ne permettent pas la mise en évidence du phénomène. Les chercheurs effectuent donc des pré-tests jusqu’à déterminer le conditions permettant de mettre en évidence un phénomène tel que revendiqué par le sujet.

Nous remarquerons au passage la sympathique candeur des membres de l’Observatoire Zététique, passionnés par les échanges avec le magnétiseur et déçus de rentrer sans résultats concluants. Pour des chercheurs en ce domaine, ces résultats ne seraient bien entendu pas surprenants au vu de la littérature déjà existante. Cependant, dans le cas présent, un pré-test de ce type peut être effectué rapidement pour montrer à la personne que ce qu’elle affirme n’est pas en phase avec la réalité. A partir de cette considération, il serait ensuite possible de travailler avec la personne sur un protocole qui sera plus cohérent et plus en phase avec sa pratique.

On peut également remarquer la différence d’approche dans le type même d’expérience proposée. Cela provient du fait que l’OZ fait le choix de ne pas effectuer de revue de littérature :

Approche Observatoire Zététique : supposer qu’une personne peut émettre un signal et que le magnétiseur peut percevoir ce signal.

Approche scientifique : Du point de vue scientifique, raisonner en terme de signal est une aberration. Si un tel signal existait, il aurait été mis en évidence depuis bien longtemps. Si ces effets existent, il ne s’agit donc pas d’un signal classique. Dans le cas présent, des scientifiques tendraient donc à expliquer ceci au sujet pour le mener vers un protocole permettant éventuellement la mise en évidence d’effets psi. Le plus cohérent serait d’étudier les éventuels effets de ces « capacités » sur un organisme vivant (animal, culture de bactérie) comme cela fut déjà effectué.

L’expérience finale

L’expérience finale est la suivante : Monsieur Z doit tenter d’arriver à déterminer, pour 100 essais, 65 fois la bonne réponse, s’il veut que l’expérience soit une réussite. Nous pouvons repérer dans le déroulement de l’expérience un certain nombre de différences avec les expériences scientifiques classiques en ce domaine :

Le système aléatoire

Approche Observatoire Zététique : les trois membres inoccupés s’isolent et réalisent une répartition aléatoire dont le résultats est une suite de « 0 » et de « 1 ». Cette répartition aléatoire n’étant pas précisée, nous supposons qu’elle est effectuée « instinctivement » par les trois membres de l’OZ.

Approche scientifique : des travaux ont démontré qu’il n’était pas possible d’utiliser de façon fiable les répartitions aléatoires déterminées par des personnes. Les scientifiques utilisent donc des générateurs de nombres aléatoires. La simple utilisation de répartition aléatoire par les sujets (ou le fait qu’elle n’est pas précisée dans l’article) invalide du point de vue scientifique l’expérience.

Le dispositif

Approche Observatoire Zététique : l’expérience se déroule dans un appartement. Mr Z. doit deviner la présence de Mlle C. derrière un paravent. Pour le rendre imperméable à la lumière, une toile opaque est ajoutée. Mlle C. est placée juste derrière le paravent.

Approche scientifique : les scientifiques travaillant dans ce domaine effectuent leurs expériences en laboratoire. De préférence, ils auraient utilisé une vitre sans teint. Le protocole de l’OZ sera jugé invalide sur le plan scientifique car on ne peut juger de la rigueur du dispositif dans de telles conditions. De plus, se trouvant dans un appartement, il est difficile de pouvoir évaluer et contrôler d’éventuels systèmes de fraude.

La notation des résultats

Approche Observatoire Zététique : deux personnes notent les résultats sur deux fiches pour ensuite les comparer.

Approche scientifique : La technique utilisée par l’OZ est une méthodologie employée voilà environ 50 ans (par exemple dans les expériences de Schmeidler). Depuis, les chercheurs préfèrent généralement utiliser des systèmes de notation automatisés qui sont plus fiables que l’être humain.

Le nombre d’essais

Au total, 98 essais sont validés. Le nombre d’essais réussi est de 55. Pour que Mr Z. réussisse l’expérience, il aurait fallu qu’il réussisse à 64 essais ou plus. C’est donc un échec.

Approche Observatoire Zététique : Les membres de l’OZ supposent que les effets décrits par Mr Z. sont des effets forts avec une taille d’effet importante.

Approche scientifique : Les scientifiques savent que si ces effets existent, ils ont des tailles d’effet faible. Il est donc quasiment impossible de les mettre en évidence avec un nombre d’essai aussi faible que lors de l’expérience de l’Observatoire Zététique. Il faudrait multiplier le nombre d’essais pour avoir une chance d’obtenir un effet statistiquement significatif.

Conclusion concernant le protocole

Les membres de l’Observatoire Zététique concluent donc logiquement, mais avec une certaine tristesse, que le résultat de l’expérience est un échec. Ainsi :

Approche Observatoire Zététique : du point de vue de l’OZ, même si le résultat est un échec, cette expérience est une réussite. Le protocole est publié avec de nombreux détails sur le site Internet. Il est publié en anglais. D’autres revues sceptiques reprennent ce protocole, l’OZ présente régulièrement ce protocole, notamment lorsqu’ils interviennent dans les médias et qu’il est question de magnétisme.

Approche scientifique : du point de vue scientifique, cette expérience n’a pas d’intérêt. Elle teste une affirmation que l’on sait déjà incohérente. Elle met en place un cadre qui n’est pas suffisamment structuré : même dans le cas hypothétique où des résultats seraient obtenus, il faudrait revoir l’ensemble de l’expérience. En outre, des scientifiques publient ensuite leur travail dans une revue à comité de lecture qui permet d’avoir un avis critique d’autres scientifiques (si la recherche est mauvaise, elle est n’est pas publiée). Bien entendu, étant donné la faiblesse du protocole de l’OZ du point de vue scientifique, il ne pourrait être publié dans une revue à comité de lecture.

Voilà pour les différences entre un protocole OZ et un protocole scientifique. Même si l’OZ a tout à fait le droit de mettre en place ce type d’expérience, elle est, d’un point de vue scientifique, incohérente et non pertinente. Elle est d’une certaine façon l’équivalent, du point de vue sceptique, des expériences effectuées par des amateurs du paranormal comme RIP.

Réflexions élargies sur la pertinence de l’approche de l’OZ

Nous avons détaillé les différences entre l’approche de l’OZ et des scientifiques travaillant dans ce domaine. Nous pensons que ces différences expliquent que l’OZ n’obtiennent pas de résultats lors de ses protocoles. Il demeure alors la questions suivante : pourquoi l’OZ fait-il le choix de mettre en place de tels protocoles ?

Nous nous interrogeons en particulier sur ce point quand nous voyons que ce type de groupe se réclame de la scientifité et de l’objectivité, menant ainsi à la conclusion suivante : ce « résultat s’incrit pourtant dans une succession d’expériences qui, depuis le XVIIIème siècle, n’ont jamais donné de résultat positif »,

Cette conclusion nous semble être une dérive pseudo-sceptique : une conclusion généralisatrice à partir d’un protocole inadapté pour trancher sur ce type de question. Outre le fait que sur le plan historique, des expériences ont déjà donné lieu à des résultats probants – ou du moins ne permettent pas d’arriver à une conclusion si facilement – une telle affirmation pourrait porter à confusion en laissant entendre qu’aucun laboratoire scientifique n’a mis en évidence d’effets pour le même type de phénomène. C’est d’ailleurs le même amalgame qu’entretiennent parfois les membres de l’OZ dans les médias quand ils se présentent comme des experts du paranormal qui ont notamment étudié le magnétisme. C’est ce décalage et cette généralisation qui nous parait donc inadaptée et que l’on retrouve ensuite sur Internet par les commentaires de personnes qui croient que seul le protocole de l’OZ est sérieux sur l’étude du magnétisme. Cela nous conduit notamment aux interrogations suivantes, qui interrogent plus largement la pertinence de l’approche de l’OZ :

→ Les membres de l’OZ ne courent-ils pas le risque de laisser penser à cette personne qu’il n’a aucune capacité alors que le dispositif serait en réalité mal adapté ? Pour répondre à ces questions, il serait nécessaire d’avoir l’avis de Mr Z.

→ Les membres de l’OZ indiquent être passionnés, mais aussi déçus et attristés par le fait d’obtenir ce résultat négatif. On peut donc supposer – vu la passion et l’engouement affichés – qu’ils aimeraient pouvoir observer des effets psi. Mais alors, pourquoi l’OZ ne reproduit pas des protocoles simples mais ayant déjà donné lieu à des résultats censés être probants ?

→ Pourquoi effectuer une telle généralisation à la fin de l’article ? N y a-t-il pas une volonté, plus ou moins consciente, de laisser entendre que l’OZ ferait des expériences scientifiques pour tester l’existence de phénomènes paranormaux ?

→ Le fait de monter ces protocoles ne risque-t-il pas laisser croire aux néophytes que des « scientifiques » qui travaillent sur ces questions n’obtiennent rien ? La précision qu’il existe des travaux scientifiques sur la question ne serait-elle pas nécessaire pour éviter ce problème ?

→ Pourquoi certains membres de l’Observatoire Zététique indiquent-ils qu’ils recherchent pour chacun de leur protocole la collaboration avec des parapsychologues ? Si leur protocole ne vise pas à étudier le psi, quel est l’intérêt pour eux ?

→ Ces expériences ne sont-elles pas sur un mode « pile je gagne, face tu perds ». Si jamais le protocole menait à un résultat positif, les membres de l’OZ ne pourraient-ils pas invoquer les nombreux biais laissés dans le protocole initial ?

Une petite fable en guise de conclusion

Pour conclure, nous souhaiterions proposer une petite histoire qui propose selon nous une métaphore des protocoles de l’OZ dans leur rapport aux phénomènes paranormaux. Bien entendu, il ne s’agit que d’une métaphore, mais nous pensons qu’elle illustre bien certains des paradoxes.

Supposons que deux groupes de pêcheurs soient au bord d’un lac. Des personnes ont témoigné qu’elles avaient vu, dans ce lac, des poissons : des gros, des petits, etc. Les deux groupes de pêcheurs décident que le seul moyen de savoir s’il y a des poissons, consiste à pêcher l’un des poissons.

Les deux groupes de pêcheurs tentent d’attraper les fameux poissons. Les deux groupes n’en obtiennent aucun. Les deux groupes de pêcheurs ont alors des attitudes très différentes.

Que fait le premier groupe de pêcheur ? Il ne change rien : il garde un gros hameçon, ne change pas d’endroit et n’utilise pas d’appât. Pour ces pêcheurs, la seule chose qui compte, c’est ce qu’ont dit les témoins autour du lac qui rapportent qu’ils ont vu un énorme poisson à tel endroit dans telle condition.

L’autre groupe de pêcheurs conclut qu’il n y a pas de gros poissons et qu’il faut certainement se méfier des témoignages : ils testent donc d’autres choses : ils changent d’endroit, changent d’hameçon, utilisent différents appâts et se renseignent auprès d’anciens pêcheurs. Au fil de ses tentatives, ce groupe de pêcheur finit par réussir, assez régulièrement, à obtenir des poissons.

Ces pêcheurs indiquent donc à l’autre groupe comment faire pour attraper des poissons. Mais rien n’y fait, le premier groupe ne change rien à ses façons de faire. Ce dernier groupe se méfie en effet du premier groupe de pêcheurs. Pourquoi obtiendraient-ils des poissons et pas eux ? Sont-ils vraiment honnêtes ? Ne seraient-ils pas allés pêcher ces poissons ailleurs ? Les autres pêcheurs essayent pourtant de leur expliquer : utilisez un hameçon plus petit, il n y a pas de gros poisson ! Utilisez des appâts, sinon ces poissons ne viendront pas !

Cela ne change rien : ce groupe de pêcheur continue à pêcher au même endroit avec un gros hameçon. Ces pêcheurs continuent donc à penser qu’il n y a pas de poissons dans le lac. Ils en parlent même au village, ce qui, du coup, ridiculise, même si ce n’est pas leur intention, les personnes qui ont vu des poissons et le groupe de pêcheur qui a réussi à en attraper.

Lorsque ces groupes de pêcheurs se croisent, le deuxième groupe tente d’essayer d’expliquer au premier groupe qu’ils devraient changer leur méthodes. Mais le premier groupe ne change rien : selon lui, c’est un débat qui n’évoluera jamais car leurs positions sont différentes de celle du deuxième groupe de pêcheurs : ils ne pêcheront qu’avec un gros hameçon car ce qui compte, avant tout, c’est de se fier à ce qu’ont dit les personnes ayant vu des poissons…

Y a-t-il des poissons dans ce lac ?

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